Chapitre 1 : Le bruit dans la nuit
Clara habitait seule dans une petite maison près du lac. C'était une maison simple avec une cuisine, un salon et une chambre. Devant la maison, il y avait un grand jardin. Derrière la maison, il y avait le lac — calme, froid et très profond.
Le village s'appelait Malbec. C'était un village tranquille dans les montagnes. Il y avait peut-être deux cents personnes qui habitaient là. Tout le monde connaissait tout le monde. Mais Clara n'était pas du village. Elle était arrivée trois mois avant, en septembre. Elle voulait travailler et trouver la paix.
Ce soir-là, Clara regardait la pluie par la fenêtre. Il était tard — vingt-deux heures, peut-être. La lumière était allumée dans le salon, mais dehors tout était noir. La pluie tombait lentement sur le lac. C'était une belle image, mais triste.
Clara avait un livre sur la table, mais elle ne lisait pas. Elle pensait à son ancienne vie, à la ville, aux gens qu'elle ne voulait plus voir.
Soudain, elle entendit un bruit.
Un bruit petit, mais clair. Comme quelque chose qui tombait sur le sol, dehors.
Clara s'arrêta. Elle n'était pas une femme qui avait peur facilement, mais ce bruit était étrange. Il était vingt-deux heures, il pleuvait, et personne ne visitait Malbec la nuit.
Elle attendit. Rien. Seulement le bruit de la pluie.
Clara se leva lentement et alla vers la fenêtre. Elle regarda dehors. Il faisait trop sombre pour voir quelque chose. Les arbres bougeaient avec le vent. Le lac était là, immobile et noir.
— Ce n'est rien, dit-elle doucement.
Mais elle ne dormit pas bien cette nuit-là.
Le matin, quand le soleil arriva, Clara alla dans le jardin. Elle voulait chercher ce qui avait fait le bruit.
Elle trouva quelque chose.
Près de la porte, dans l'herbe mouillée, il y avait des traces. Des traces de pieds. Grandes, probablement d'un homme. Elles venaient du chemin et elles s'arrêtaient juste devant la porte.
Clara regarda les traces pendant un long moment. Quelqu'un était venu ici la nuit dernière. Quelqu'un s'était approché de sa porte. Et puis... rien. Les traces s'arrêtaient là. Il n'y avait pas de traces qui partaient. Comme si la personne avait disparu.
C'était impossible, bien sûr. Clara le savait. Mais c'était très étrange.
Elle prit son téléphone et appela Martin, son voisin. Martin habitait la maison voisine, à deux cents mètres du lac. C'était un homme vieux et calme, avec un chien blanc. Il connaissait bien le village et tout le monde.
— Martin, dit Clara, est-ce que vous avez entendu quelque chose hier soir ?
— Non, rien, répondit Martin. Pourquoi ?
— Il y a des traces devant ma porte. Des traces de pieds.
Un silence.
— Je viens voir, dit Martin.
Chapitre 2 : Le visiteur inconnu
Martin arriva en dix minutes. Il regarda les traces avec sérieux. Son chien — il s'appelait Pablo — sentait le sol et tournait autour des traces.
— Ce sont les traces d'un homme, dit Martin. Un homme grand et lourd, je pense.
— Vous savez qui c'est ? demanda Clara.
— Non. Mais je vais demander au village.
Martin repartit avec Pablo. Clara rentra dans la maison et ferma la porte à clé. Elle essaya de travailler — elle écrivait des textes pour des sites internet — mais elle ne pouvait pas se concentrer.
Elle pensait à l'homme. Qui était-il ? Pourquoi était-il venu ici la nuit ? Pourquoi était-il parti sans frapper à la porte ?
Peut-être que c'était un touriste perdu dans le noir. Peut-être que c'était quelqu'un du village qui cherchait quelque chose. Il y avait beaucoup de raisons simples.
Mais les traces s'arrêtaient. Là, devant la porte. Et puis, plus rien.
L'après-midi, Clara décida de sortir. Elle voulait marcher près du lac et penser. Elle mit son manteau et ses bottes et prit le chemin qui allait vers l'eau.
Le lac était beau ce jour-là. Le soleil donnait une lumière dorée sur l'eau froide. Des oiseaux volaient au-dessus. C'était calme et tranquille. Clara marcha lentement et respira l'air froid des montagnes.
Puis elle vit quelque chose dans l'eau.
Près du bord du lac, il y avait un sac. Un grand sac noir, à moitié dans l'eau, à moitié sur les pierres. Clara s'approcha lentement. Le sac était lourd — elle le vit parce que les pierres en dessous étaient enfoncées dans le sol humide.
Elle regarda autour d'elle. Personne.
Clara s'approcha encore. Elle tendit la main et toucha le sac. Il était froid et mouillé. Elle chercha une ouverture. Il y avait une grande fermeture sur le dessus.
Elle attendit un moment. Ce n'était peut-être pas une bonne idée. Mais sa curiosité était trop grande.
Elle ouvrit le sac.
À l'intérieur, il y avait des vêtements. Un pantalon noir, une chemise bleue, une veste. Et sous les vêtements, il y avait une enveloppe blanche. Clara prit l'enveloppe. Elle était fermée, mais le nom sur l'enveloppe était clair, écrit en lettres grandes :
CLARA.
Son nom. Son propre nom. Sur une enveloppe, dans un sac, dans le lac.
Les mains de Clara tremblaient quand elle ouvrit l'enveloppe.
À l'intérieur, il y avait une seule phrase :
« Pars avant demain soir. »
Chapitre 3 : La lettre
Clara rentra vite chez elle. Elle ferma la porte, ferma les fenêtres et s'assit dans le salon. Elle avait encore la lettre dans la main. Elle la lisait et la relisait.
« Pars avant demain soir. »
Qui avait écrit cela ? Pourquoi ? Et comment cette personne savait son nom ?
Clara vivait à Malbec depuis trois mois, mais elle n'avait pas beaucoup d'amis ici. Il y avait Martin, son voisin. Il y avait Sophie, la femme qui travaillait au café du village. Et il y avait quelques autres personnes qu'elle connaissait un peu.
Mais personne ne savait vraiment qui elle était. Elle n'avait pas parlé de sa vie à Paris, de son ancien travail, de l'homme qu'elle avait voulu fuir.
L'homme. Thomas.
Clara posa la lettre sur la table. Thomas était la raison pour laquelle elle avait quitté Paris. Thomas était dangereux. Elle le savait maintenant. Il l'avait suivie une fois, il lui avait envoyé des messages étranges, il avait parlé à ses amis pour trouver où elle habitait.
Est-ce que Thomas savait qu'elle était à Malbec ?
Elle prit son téléphone. Elle voulait appeler la police. Mais que dire ? « J'ai trouvé une lettre dans un sac dans le lac » ? Cela sonnait bizarre. Et si la police posait des questions sur Thomas, sur Paris, sur toute l'histoire...
Elle ne voulait pas.
Clara alla dans sa chambre et chercha sous le lit. Il y avait une petite boîte en métal. Elle l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait un passeport, de l'argent et une photo.
La photo montrait deux personnes : Clara et une autre femme. Une femme avec les cheveux courts et les yeux verts. Elle s'appelait Léa. C'était la meilleure amie de Clara, à Paris.
Clara n'avait pas parlé à Léa depuis deux mois. Ce n'était pas parce qu'elles étaient ennemies — c'était parce que Clara avait voulu disparaître complètement. Elle avait pensé que c'était la meilleure solution.
Maintenant, elle n'était plus sûre.
Elle prit la photo et regarda le visage de Léa pendant un long moment.
La nuit vint lentement. Clara mangea peu — juste une soupe et du pain. Elle alluma toutes les lumières dans la maison. Elle écouta les bruits dehors. Le vent. La pluie légère. Le silence du lac.
Vers vingt-trois heures, il y eut un bruit à la porte.
Un frappement. Trois fois. Doucement.
Clara se leva. Son cœur battait vite. Elle alla vers la porte sans faire de bruit. Elle posa la main sur le bois.
— Qui est là ? dit-elle.
— C'est Martin. Ouvrez, Clara.
Elle reconnut la voix. Elle ouvrit la porte.
Martin était là, avec Pablo. Le vieil homme semblait inquiet. Ses yeux étaient sérieux.
— Je peux entrer ? demanda-t-il.
— Oui, bien sûr. Qu'est-ce qui se passe ?
Martin entra dans le salon. Il s'assit sur la chaise et regarda Clara.
— J'ai demandé au village, dit-il. Les traces devant votre porte... je pense que je sais qui c'est.
Clara s'assit aussi. — Qui ?
— Il y a un homme. Je ne connais pas son nom. Il est arrivé au village il y a deux jours. Il a une voiture noire et il habite à l'hôtel — le petit hôtel près de l'église. Les gens disent qu'il pose des questions. Des questions sur vous.
Un silence froid entra dans la pièce.
— Sur moi ? répéta Clara.
— Sur vous. Il demande où vous habitez, si vous êtes seule, si vous sortez souvent. C'est étrange. Personne ne lui répond vraiment, mais...
Martin ne finit pas sa phrase. Il regarda la lettre sur la table.
— C'est quoi, ça ?
Clara lui dit tout. Le sac dans le lac. L'enveloppe. La lettre avec son nom.
Martin écouta sans rien dire. Puis il dit :
— Vous devez appeler la police.
— Pas encore, dit Clara. Je veux d'abord savoir qui c'est.
Chapitre 4 : L'hôtel
Le lendemain matin, Clara se leva tôt. Il était sept heures. Le soleil n'était pas encore haut, mais le ciel était bleu et clair. C'était une belle journée.
Clara s'habilla en noir et mit ses lunettes de soleil. Elle sortit de la maison et prit la route du village. Elle marchait vite.
L'hôtel « Le Lac Bleu » était une petite maison blanche avec des fleurs aux fenêtres. Il y avait six chambres. C'était l'unique hôtel du village. La femme à la réception s'appelait Annette — une femme ronde et gentille avec des cheveux gris.
— Bonjour, Annette, dit Clara.
— Bonjour, Clara ! Vous voulez un café ?
— Oui, merci.
Elles s'assirent dans le petit café de l'hôtel. Clara but son café lentement et regarda autour d'elle. Il y avait trois tables. Deux étaient vides. À la troisième table, il y avait un homme.
L'homme était seul. Il regardait son téléphone. Il avait environ quarante ans, les cheveux courts et sombres, un visage calme. Il portait une veste noire.
C'était lui ? Clara ne savait pas. Mais son cœur battait plus vite.
— Annette, dit-elle doucement, l'homme là-bas... il est à l'hôtel depuis longtemps ?
Annette regarda l'homme.
— Deux jours, dit-elle. Il s'appelle... attendez, je cherche... il s'appelle Renaud. Renaud Leblanc. Il dit qu'il est photographe. Il veut prendre des photos du lac.
— Un photographe ?
— C'est ce qu'il dit.
Clara regarda l'homme encore une fois. Il ne regardait pas de son côté. Il semblait concentré sur son téléphone. Mais c'était peut-être faux.
Clara finit son café, paya et repartit. Dehors, elle s'arrêta et regarda le lac au loin. Sa tête travaillait vite.
Un photographe. Peut-être. Mais les photographes ne posent pas de questions sur les gens du village. Et les photographes ne laissent pas de lettres dans des sacs dans les lacs.
— Je dois savoir la vérité, dit-elle pour elle-même.
Le soir, Clara décida d'aller voir l'homme directement.
C'était peut-être fou. Mais elle ne pouvait plus attendre. La lettre disait « pars avant demain soir ». Demain soir — c'était cette nuit maintenant.
Elle alla à l'hôtel après le dîner. Il était vingt heures. L'homme était assis dans le café, avec un verre de vin rouge. Il lisait un journal.
Clara s'approcha de lui.
— Monsieur Renaud Leblanc ? dit-elle.
L'homme leva les yeux. Il la regarda. Une seconde, deux secondes. Puis il dit :
— Oui. C'est moi. Et vous êtes Clara.
Ce n'était pas une question. Il savait déjà.
Clara s'assit en face de lui sans être invitée.
— Vous savez qui je suis, dit-elle. Pourquoi êtes-vous ici ? Pourquoi est-ce que vous posez des questions sur moi ?
L'homme ferma son journal. Il avait les yeux calmes, mais il y avait quelque chose derrière ce calme — quelque chose de sérieux, peut-être même de triste.
— Je suis ici pour vous aider, dit-il.
— M'aider ?
— Il y a un homme qui vous cherche. Un homme dangereux. Je pense que vous savez de qui je parle.
Thomas. Le nom arriva dans la tête de Clara comme un coup.
— Continuez, dit-elle.
— Cet homme est arrivé à Paris il y a six mois. Il vous a suivie. Vous êtes partie à Malbec. Il vous a cherchée. Et maintenant... il sait où vous êtes.
Clara regarda l'homme. Elle ne lui faisait pas encore confiance. Mais il savait des choses. Des choses vraies.
— Qui êtes-vous, vraiment ? demanda-t-elle.
— Je travaille pour une organisation privée. Nous aidons les personnes qui ont des problèmes avec des gens... difficiles.
— Et la lettre dans le lac ? C'était vous ?
L'homme hésita. Puis il dit :
— Oui. Je voulais vous alerter sans créer de panique. C'était peut-être une mauvaise idée.
— C'était une très mauvaise idée, dit Clara.
Un moment de silence. Puis Clara demanda :
— Où est Thomas maintenant ?
L'homme regarda par la fenêtre. Vers le lac.
— Il était à Lyon hier soir, dit-il. Il conduit vers ici. Il arrivera demain.
Chapitre 5 : La décision
Clara rentra chez elle à pied dans le noir. L'air était froid. Les étoiles étaient visibles entre les nuages. Le chemin près du lac était silencieux.
Elle pensait.
L'homme — Renaud Leblanc — lui avait proposé son aide. Il pouvait l'emmener dans un autre endroit, dans une autre ville, sous un autre nom. C'était possible. Il avait les contacts et l'argent.
Mais Clara ne lui faisait pas encore vraiment confiance. Elle ne savait pas qui il était vraiment. Elle ne savait pas qui était cette « organisation privée ». Et si c'était un piège ?
D'un autre côté, si Thomas arrivait demain...
Clara s'arrêta au bord du lac. L'eau était noire et immobile. Elle regarda son reflet dans l'eau. Une femme seule, dans le noir, avec un problème trop grand.
Elle sortit son téléphone.
Elle appela Léa.
Le téléphone sonna trois fois. Quatre fois. Clara attendit. Cinq fois.
— Allo ? dit une voix endormie.
— Léa. C'est moi.
Un grand silence. Puis :
— Clara ? Oh mon dieu. Clara, où es-tu ?
— Je suis loin. Je suis... je suis en sécurité pour le moment. Mais j'ai besoin de savoir quelque chose. Est-ce que Thomas... est-ce qu'il t'a parlé ? Est-ce qu'il t'a demandé où j'étais ?
— Clara... il m'a appelée. Il y a deux semaines. Il semblait... différent. Pas normal. Je n'ai rien dit, je te jure. Je ne savais pas où tu étais.
— Tu ne lui as rien dit ?
— Rien. Mais Clara, il y avait un autre homme aussi. Un homme qui est venu à mon appartement. Il avait un badge — il disait qu'il travaillait pour une société de sécurité privée. Il m'a posé des questions sur toi.
Clara s'arrêta.
— Un homme avec un badge ?
— Oui. Je ne me souviens plus du nom sur le badge. Une lettre R, je pense.
Renaud. R pour Renaud.
— Comment il était, physiquement ?
— Quarante ans, environ. Cheveux sombres. Calme. Très calme. Trop calme.
Clara sentit quelque chose de froid dans sa poitrine. Ce n'était pas le vent.
— Il est ici, dit-elle doucement.
— Qui ? Clara, tu me fais peur. Qu'est-ce qui se passe ?
— Je ne sais pas encore, dit Clara. Mais Léa... appelle la police si tu n'as pas de nouvelles de moi demain matin.
— Quoi ?! Clara—
Clara ferma le téléphone.
Elle resta immobile au bord du lac pendant une longue minute. L'eau noire. Le vent dans les arbres. Le village calme derrière elle.
Deux hommes qui la cherchaient. Thomas — l'homme qu'elle fuyait. Et Renaud — l'homme qui disait vouloir l'aider. Mais qui posait les mêmes questions que Thomas. Qui connaissait Léa. Qui était allé à Paris.
Lequel était l'ennemi ? Lequel — si l'un d'eux — était vraiment là pour l'aider ?
Ou est-ce qu'ils travaillaient ensemble ?
Clara regarda le lac encore une fois. Quelque part dans ces eaux profondes et noires, il y avait peut-être d'autres secrets. D'autres sacs. D'autres lettres.
Elle prit sa décision.
Chapitre 6 : La nuit du lac
Clara rentra chez elle et prépara un sac. Elle y mit ses affaires importantes : le passeport, l'argent, la photo de Léa, ses vêtements les plus nécessaires. Elle prit aussi les clés de sa voiture et son téléphone chargé.
Elle n'avait pas décidé d'aller chez Renaud. Elle n'avait pas décidé de fuir. Elle avait décidé de trouver la vérité avant de faire quoi que ce soit.
À minuit, elle sortit de la maison par la porte derrière, celle qui donnait sur le jardin et le lac. Elle marcha doucement dans l'herbe froide. La lune était entre les nuages. Il faisait presque complètement noir.
Elle alla vers le lac.
Il y avait un vieux bateau attaché à un petit pont en bois. Ce bateau appartenait à Martin — il s'en servait parfois pour pêcher. Clara l'avait utilisé une fois, en été, avec sa permission.
Elle monta dans le bateau. Elle prit les rames. Elle commença à ramer lentement, loin du bord.
Au milieu du lac, elle s'arrêta. Elle sortit la lettre de sa poche.
« Pars avant demain soir. »
Elle alluma la lampe de son téléphone et regarda la lettre attentivement. Elle l'avait lue dix fois. Mais cette fois, elle cherchait quelque chose de différent.
Et elle le trouva.
Dans le coin en bas à droite, en tout petits caractères — si petits qu'on ne les voyait pas au premier regard — il y avait un numéro. Un numéro de téléphone.
Clara regarda le numéro pendant un long moment. Elle n'avait pas vu ça avant.
Elle prit son téléphone. Elle hésita. Puis elle appela.
Ça sonna deux fois.
— Bonsoir, Clara, dit une voix.
Une voix de femme. Calme. Professionnelle.
— Qui êtes-vous ? demanda Clara.
— Quelqu'un qui sait la vérité sur Thomas. Et sur Renaud Leblanc.
— Parlez, dit Clara.
— Pas par téléphone. Venez au café du village demain matin, à huit heures. Je serai là. Je m'appelle Isabelle.
— Comment je sais que je peux vous faire confiance ?
Un court silence. Puis la femme dit :
— Vous ne savez pas. Mais demandez-vous : qui d'autre pouvait écrire ce numéro sur cette lettre, si petit que même Renaud ne l'a pas vu quand il a mis la lettre dans le sac ?
La ligne se coupa.
Clara resta immobile dans le bateau, au milieu du lac noir. Le vent bougeait l'eau doucement. Quelque part sur la rive, une lumière s'alluma dans une fenêtre — peut-être la maison de Martin, peut-être l'hôtel.
Elle ne savait pas encore si cette Isabelle était une amie ou une ennemie de plus. Elle ne savait pas qui, entre Thomas, Renaud, et cette inconnue, disait la vérité. Elle ne savait pas si le danger était derrière elle ou devant elle — ou des deux côtés à la fois.
Ce qu'elle savait, c'est que demain matin, à huit heures, elle allait au café.
Et qu'après cette rencontre, rien ne serait plus jamais comme avant.
Le lac restait silencieux autour d'elle. Les étoiles regardaient depuis le ciel sans réponse. Et Clara, seule dans son petit bateau, attendit la fin de la nuit.
Chapitre 7 : Le matin avant la vérité
Clara dormit peu cette nuit-là. Elle était rentrée chez elle après minuit, après son temps sur le lac. Elle avait posé son sac près de la porte — prêt, au cas où — et s'était allongée sur son lit sans enlever ses vêtements.
Elle pensait à tout.
À Thomas d'abord. Elle l'avait rencontré à Paris, deux ans auparavant. C'était un homme intelligent, bien habillé, avec de bonnes manières. Au début, il était gentil. Mais après quelques mois, quelque chose avait changé. Il voulait savoir où elle allait. Il regardait son téléphone. Il posait des questions à ses amis. Un jour, Clara avait trouvé une petite caméra dans son appartement — une caméra cachée dans un livre.
Elle avait pris ses affaires et était partie le lendemain.
Elle pensait aussi à Renaud. L'homme calme à l'hôtel. Avec ses yeux sombres et sa façon de parler, lente et sûre. Il savait trop de choses. La lettre dans le sac — c'était lui. Mais le numéro secret sur la lettre — ce n'était pas lui. Quelqu'un d'autre avait écrit ce numéro. Quelqu'un qui regardait Renaud et ne lui faisait pas confiance non plus.
Isabelle. Qui était-elle ?
Clara regardait le plafond de sa chambre. La lumière de la lune entrait par la fenêtre et dessinait des ombres longues sur le mur.
Elle pensa à Malbec. Ce petit village dans les montagnes. Elle était venue ici pour trouver la paix. Pour oublier Paris. Pour recommencer sa vie. Et maintenant, trois mois plus tard, il y avait deux ou trois étrangers qui la cherchaient, un lac avec des sacs mystérieux, et une voix inconnue au téléphone.
La paix semblait encore très loin.
À six heures du matin, Clara se leva. Elle alla dans la cuisine et fit du café. Elle regarda par la fenêtre. Dehors, le soleil commençait à monter sur les montagnes. Les arbres étaient orange et or dans la lumière du matin. C'était beau. C'était calme. Mais Clara savait que ce calme était faux.
Elle but son café debout, les yeux sur le lac.
L'eau était immobile. Pas de vent ce matin. Le lac ressemblait à un grand miroir posé entre les montagnes.
Clara pensa au bateau de Martin. Elle pensa aux traces devant sa porte. Elle pensa à la lettre, au numéro secret, à la voix d'Isabelle.
Elle avait encore deux heures avant le rendez-vous au café.
À sept heures, Clara décida de marcher un peu autour du village avant d'aller au café. Elle avait besoin de bouger, de penser, de préparer ses questions pour Isabelle.
Elle sortit par la porte principale et prit la rue qui allait vers le centre du village. Les maisons étaient silencieuses. Quelques voitures étaient garées devant les portes. Le boulanger ouvrait sa boutique — une lumière chaude et jaune dans la fenêtre, une odeur de pain dans l'air.
Clara s'arrêta devant la boulangerie. Elle avait faim. Elle entra et acheta deux croissants. La femme à la caisse — une jeune femme avec les cheveux blonds — lui sourit.
— Bonne journée, dit la femme.
— Merci. Vous aussi.
Clara sortit avec ses croissants et continua à marcher. Elle tourna à gauche vers la petite place du village. Il y avait une fontaine, des bancs, et l'église blanche. C'était calme.
Puis elle vit la voiture noire.
Elle était garée devant l'hôtel « Le Lac Bleu ». Une voiture noire, grande, avec des vitres sombres. Clara s'arrêta. Son cœur battit deux fois trop vite.
Cette voiture n'était pas là hier. Elle était arrivée pendant la nuit.
Thomas ?
Clara regarda la voiture sans s'approcher. Elle ne pouvait pas voir à l'intérieur à cause des vitres. La voiture semblait vide, mais elle n'était pas sûre.
Elle tourna et marcha rapidement vers le café. Elle n'avait plus faim.
Le café du village s'appelait « Chez Sophie » — parce que c'était Sophie, une femme énergique de quarante ans, qui tenait le café. C'était le seul café du village et il était toujours plein le matin. Les hommes du village venaient boire leur café et parler de la météo, des moutons, et des problèmes du monde.
Ce matin, il y avait six personnes. Clara entra et regarda autour d'elle.
Il y avait deux vieux hommes au comptoir. Il y avait une famille avec deux enfants près de la fenêtre. Et il y avait une femme seule, dans le fond du café, avec un café noir et un journal.
La femme avait environ cinquante ans. Elle était petite, avec les cheveux courts et blancs. Elle portait un manteau gris. Elle leva les yeux quand Clara entra. Leurs regards se croisèrent.
La femme posa son journal.
Clara alla vers elle.
— Isabelle ? dit-elle doucement.
— Asseyez-vous, dit la femme.
Clara s'assit. Sophie vint prendre sa commande — un autre café. Puis les deux femmes restèrent seules.
— Comment me connaissez-vous ? demanda Clara.
— Je vais tout expliquer, dit Isabelle. Mais d'abord, dites-moi : est-ce que vous avez vu une voiture noire ce matin ? Garée devant l'hôtel ?
— Oui, dit Clara.
Le visage d'Isabelle se ferma un peu.
— Alors nous n'avons pas beaucoup de temps.
Chapitre 8 : La vérité sur Thomas
Isabelle parla pendant vingt minutes. Elle parlait vite et doucement, et Clara écoutait sans l'interrompre.
Isabelle travaillait depuis dix ans dans une organisation qui aidait les victimes de personnes dangereuses — des gens qui suivaient d'autres gens, qui les observaient, qui entraient dans leur vie et ne partaient plus. Ces gens — Isabelle les appelait des « prédateurs » — causaient des problèmes très sérieux, et la police ne pouvait souvent pas aider directement.
Thomas était sur leur liste depuis deux ans. Avant Clara, il y avait eu deux autres femmes. Une femme à Lyon, une femme à Bordeaux. Les deux avaient eu des problèmes similaires. Les deux avaient dû partir.
— Renaud Leblanc, dit Clara. Il travaille avec vous ?
Isabelle hésita.
— Il travaillait avec nous. Mais maintenant, nous ne sommes plus sûres de ses intentions. Il a pris des décisions sans nous informer. La lettre dans le lac — c'était son idée. Nous ne savions pas. C'est pour ça que j'ai ajouté le numéro sur la lettre, en secret.
— Donc Renaud est peut-être dangereux aussi ?
— Peut-être pas dangereux. Mais il agit seul. Et quand quelqu'un agit seul dans une situation comme celle-ci, c'est un problème.
Clara prit son café. Ses mains tremblaient un peu.
— Et Thomas ? La voiture noire — c'est lui ?
— Probablement. Il est rapide. Nous pensions qu'il arriverait ce soir, mais...
Isabelle regarda vers la fenêtre du café. La place du village était toujours calme. Mais les deux femmes savaient que quelque chose pouvait changer très vite.
— Qu'est-ce que je dois faire ? demanda Clara.
— Vous avez deux options, dit Isabelle. La première : vous partez maintenant, avec moi. Nous avons une voiture. Nous pouvons vous emmener dans un endroit sûr. Vous recommencez encore une fois, dans une nouvelle ville, sous un autre nom si nécessaire.
Clara avala sa salive.
— Et la deuxième option ?
— Vous restez. Vous faites face à Thomas. Nous vous aidons, la police peut être là, et nous finissons cette histoire une fois pour toutes. C'est plus difficile. C'est plus dangereux. Mais après... vous serez vraiment libre.
Le café était silencieux autour d'elles. Les deux vieux hommes au comptoir parlaient encore, mais leur voix semblait très loin. Les enfants riaient à leur table.
Clara regarda par la fenêtre. La place du village. La fontaine. L'église. Et au loin, derrière les maisons, le lac bleu dans la lumière du matin.
Elle pensa à toutes les fois où elle avait fui. Paris. Puis Malbec. Si elle fuyait encore, ce serait une autre ville, un autre nom, une autre maison près d'un autre lac. Et Thomas — ou quelqu'un comme Thomas — trouverait peut-être encore.
Elle pensa à Léa. Sa meilleure amie. Qu'elle n'avait pas appelée depuis deux mois parce qu'elle avait voulu disparaître.
Elle pensa au lac. Au bateau de Martin. À la lettre blanche avec son nom.
CLARA.
Son nom. Sa vie. Pas la vie d'une inconnue sans nom dans une ville inconnue.
— Je reste, dit Clara.
Isabelle la regarda pendant un long moment. Puis elle hocha la tête.
— Bien. Alors écoutez-moi attentivement, parce que nous avons peut-être deux heures avant que Thomas vous trouve.
Chapitre 9 : Le plan
Le plan d'Isabelle était simple. Trop simple, peut-être, pensa Clara. Mais parfois, les plans simples étaient les meilleurs.
Clara rentrerait chez elle normalement. Elle laisserait la porte de la maison légèrement ouverte. Elle attendrait dans le salon, visible de l'extérieur. Isabelle et son collègue — un homme qui attendait dans une voiture, à l'entrée du village — seraient proches. La police locale était informée et prête à intervenir.
Si Thomas entrait dans la maison — et Isabelle pensait qu'il le ferait — ils auraient la preuve nécessaire. Entrée illégale. Et les autres preuves qu'Isabelle avait rassemblées ces derniers mois compléteraient le dossier.
— Et Renaud ? demanda Clara.
— Je vais lui parler. Il doit rester à l'hôtel ce matin.
— Vous lui faites encore confiance ?
— Un peu. Pas complètement.
Clara hocha la tête. C'était honnête, au moins.
Elle sortit du café à huit heures et demie. La place du village était maintenant plus animée — des gens allaient faire leurs courses, une femme promenait son chien, un enfant courait vers l'école. La vie normale d'un village normal.
Clara marcha vers sa maison. Elle essaya de marcher normalement, de ne pas regarder derrière elle trop souvent. Mais chaque son la faisait tourner la tête. Chaque voiture qui passait lui semblait suspecte.
Elle arriva chez elle. La maison était dans le même état que ce matin — porte fermée, fenêtres fermées. Elle entra et laissa la porte derrière elle, pas complètement fermée. Juste un peu ouverte.
Elle alla dans le salon et s'assit sur le canapé. Elle prit un livre — le même livre qu'elle n'avait pas pu lire l'autre soir. Elle l'ouvrit et essaya de lire.
Les mots étaient là mais elle ne les voyait pas.
Elle attendit.
Une heure passa. Puis une deuxième heure.
Rien.
Clara commençait à penser que Thomas n'allait pas venir. Que la voiture noire appartenait à quelqu'un d'autre. Que tout ça était une erreur.
Puis elle entendit un bruit.
Un bruit de pas. Lent. Prudent. Dans le jardin.
Clara ne bougea pas. Elle continua à regarder son livre, même si ses yeux ne lisaient plus rien. Son cœur battait très vite, mais elle respirait lentement.
Les pas s'approchèrent.
La porte s'ouvrit.
Un homme entra.
Clara leva les yeux du livre et regarda l'homme. Il était grand, avec les cheveux blonds et les yeux bleus. Il portait un manteau sombre. Il regardait Clara avec une expression étrange — pas méchante, pas vraiment. Plutôt... triste.
— Thomas, dit Clara.
Il s'arrêta.
— Clara, dit-il. Tu n'as pas peur ?
— J'ai eu peur pendant longtemps, dit Clara. Maintenant, non.
Thomas regarda autour de lui. Il cherchait quelque chose — ou quelqu'un.
— Tu n'es pas seule, dit-il. C'est ça ?
— Non, dit Clara. Je ne suis plus seule.
Thomas resta immobile pendant un long moment. Il regarda Clara. Et Clara le regarda. Et dans ce silence, quelque chose changea. Thomas semblait comprendre que c'était fini. Que la course était terminée.
Mais Clara ne savait pas encore ce qu'il allait faire.
Et c'est à ce moment que la porte s'ouvrit une deuxième fois.
Ce n'était pas Isabelle.
C'était Renaud.
Il entra dans la maison avec la même façon calme qu'il avait au café de l'hôtel. Il regarda Thomas. Il regarda Clara. Il dit :
— Tout va bien ?
Thomas se tourna vers Renaud. Et à cet instant, Clara vit quelque chose dans le visage de Thomas — quelque chose de surpris. Comme s'il reconnaissait Renaud. Comme si les deux hommes se connaissaient.
— Tu es ici aussi ? dit Thomas à Renaud. Voix basse. Presque un murmure.
— Je suis là pour elle, dit Renaud. Pas pour toi.
Un silence très tendu.
Clara regardait les deux hommes. Elle ne comprenait pas encore tout. Mais elle savait que quelque chose n'allait pas dans le plan d'Isabelle.
Puis, dehors, une voiture s'arrêta. Une porte s'ouvrit. Des pas rapides.
Isabelle entra.
Elle regarda Thomas. Elle regarda Renaud. Et son visage montra quelque chose que Clara n'avait pas encore vu sur le visage de cette femme calme et professionnelle.
De la surprise.
— Renaud, dit-elle lentement. Je t'avais dit de rester à l'hôtel.
— Je sais, dit Renaud. Mais il y a des choses que tu ne m'as pas dites, Isabelle.
Le silence dans la pièce était total.
Clara posa son livre.
Elle comprit, dans ce moment, que la vérité était plus compliquée que ce qu'on lui avait dit. Qu'il y avait peut-être un troisième niveau dans cette histoire. Une troisième personne qui jouait un jeu qu'elle ne comprenait pas encore.
Elle regarda Thomas. Elle regarda Renaud. Elle regarda Isabelle.
Trois personnes dans son salon. Trois histoires différentes. Et elle, Clara, au milieu.
Dehors, le lac était toujours calme. L'eau était bleue dans la lumière du matin. Les montagnes étaient silencieuses.
Et dans la maison blanche près du lac, la vérité attendait encore d'être dite.
Fin du Volume 1
L'histoire continue... Qui dit la vérité ? Que cache Renaud à Isabelle ? Et Thomas — est-il vraiment l'ennemi, ou seulement une pièce dans un jeu plus grand ? La suite dans : « L'Ombre du Lac – Volume 2 ».