L'arrivée
C'est l'hiverder Winter de l'annéedas Jahr 1798. Dans le petitklein villagedas Dorf de MôtiersOrtsname in Neuchâtel, dans le cantonder Kanton de Neuchâtel, la viedas Leben est calmeruhig. Les gensdie Leute / die Menschen travaillentarbeiten dans leurs maisonsHäusern, ils s'occupent de leurs animauxTieren, ils préparentbereiten vor la nourrituredie Nahrung / das Essen pour les moisMonate froidskalten. Les enfantsKinder jouentspielen dehorsdraussen malgré le froiddie Kälte. Les vieuxAlten parlentsprechen / reden ensemble devant le feudas Feuer.
Un matinein Morgen, un hommeein Mann arrivekommt an en courantlaufend / rennend dans la ruedie Strasse principaleHaupt-. Il s'appelleheisst Jakob. Il est jeunejung, il a peut-êtrevielleicht vingt ansJahre. Son visageGesicht est rougerot à causewegen du froid et parce qu'il a courugerannt ist très viteschnell.
— Les FrançaisFranzosen ! crieruft / schreit-t-il. Les soldatsSoldaten français arriventkommen an ! Je les ai vusgesehen sur la routeStrasse / Weg, ils sont nombreuxzahlreich / viele, très nombreux !
Les gens sortentkommen heraus de leurs maisons. Ils regardentschauen an Jakob avec peurAngst. Une femmeFrau âgéeältere / betagte, MadameFrau (Höflichkeitsform) Roth, poselegt sa main sur son cœurHerz.
— Mon Dieu, ditsagt-elle doucementleise / sanft. Nous avons entendugehört parlersprechen / reden de ce qui s'est passépassiert ist dans d'autres cantonsKantonen. C'est donc notre tourReihe / Mal maintenantjetzt / nun.
Le maireBürgermeister du village, un homme grand et sérieuxernst / seriös qui s'appelle Monsieur Favre, sort aussi dans la rue. Il écoutehört zu Jakob avec attentionAufmerksamkeit. Puis il regardeschaut an les autres personnesPersonen autour de lui.
— Nous devonsmüssen resterbleiben calmesruhig, dit-il. Nous allonswerden (Futur nah) parlersprechen avec ces soldats. Nous ne pouvonskönnen pas nous battrekämpfen / schlagen contre une grande arméeArmee. Nous n'avons pas les moyensMittel. Il fautes ist nötig / man muss trouverfinden une autre façonArt und Weise de protégerschützen notre village.
Les gens ne sont pas contentszufrieden / froh, mais ils comprennentverstehen que Monsieur Favre a raisonrecht. Ils rentrentgehen zurück / nach Hause dans leurs maisons pour cacherverstecken leurs chosesSachen / Dinge les plus importantes : l'argentdas Geld, les bijouxSchmuck, la nourriture.
Une heureStunde plus tardspäter / spät, les soldats français entrenttreten ein dans le village. Ils marchentgehen / marschieren ensemble, en groupe. Ils portenttragen des uniformesUniformen bleusblauen et blancs. Leurs visages montrentzeigen la fatigueMüdigkeit / Erschöpfung d'un long voyageReise. CertainsEinige / Gewisse d'entre eux sont très jeunes, presquefast / beinahe des enfants. D'autres sont plus vieux et regardentschauen autour d'eux avec des yeux qui ont déjàschon / bereits vu beaucoup de chosesDinge difficilesschwierige.
Leur chefChef / Anführer s'appelle le capitaineHauptmann / Kapitän Morel. C'est un homme d'environ quarantevierzig ans, avec des cheveuxHaare noirs et courts. Il monte un grand chevalPferd brun. Il s'arrêtehält an devant Monsieur Favre et descendsteigt herunter de son cheval.
— Bonjour, dit-il en français. Je suis le capitaine Morel, de l'arméeArmee de la RépubliqueRepublik française. Nous avons besoinBedarf / Bedürfnis de nourriture et d'un endroitOrt / Stelle pour dormirschlafen cette nuit. Votre village va nous aiderhelfen.
Ce n'est pas une questionFrage. C'est un ordreBefehl.
Monsieur Favre répondantwortet avec calme.
— Bonjour, capitaine. Je suis le maire de ce village. Nous sommes des gens simpleseinfache. Nous n'avons pas beaucoupviel, mais nous allons fairetun / machen ce que nous pouvonskönnen.
Les jours difficiles
Les soldats restentbleiben dans le village pendant plusieursmehrere jours. Ils dormentschlafen dans les grangesScheunen et dans les maisons des habitantsEinwohner / Bewohner. Certains soldats sont polishöflich et respectentrespektieren / achten les famillesFamilien. D'autres prennentnehmen ce qu'ils veulentwollen sans demanderfragen / bitten.
Dans la maison de la familleFamilie Berger, une femme s'appelle Anne. Elle a trente-deuxzweiunddreissig ans. Son mariEhemann, Thomas, est partiweggegangen / abgereist depuis plusieurs moisMonate pour travaillerarbeiten dans une autre régionRegion / Gegend. Anne vitlebt seuleallein avec ses deux enfants : une filleTochter / Mädchen de huit ans, Lise, et un garçonJunge de six ans, Paul.
Deux soldats français dormentschlafen dans sa grangeScheune. Le premier s'appelle Pierre, le secondzweite s'appelle Henri. Pierre est grand et fort, mais il parle peuwenig. Henri est plus petitkleiner et plus jeune. Il a peut-être dix-huitachtzehn ans. Il semblescheint avoir peur, comme si c'était la première fois qu'il participaitteilnahm à une vraie guerreKrieg.
Le premier soirAbend, Anne leur apportebringt du pain et du fromageKäse.
— Merci, madamegnädige Frau / Frau (Anrede), dit Henri en souriantlächelnd. Vous êtes très gentillenett / lieb.
Pierre ne dit rien. Il mangeisst rapidementschnell / rasch et va dormirschlafen.
Anne regarde Henri un moment.
— Tu es jeune, dit-elle. Est-ce que tu as une familleFamilie en FranceFrankreich ?
— Oui, madame. J'ai une mèreMutter et deux sœursSchwestern à Lyon. Je pensedenke à elles tous les jours.
— Et pourquoi es-tu icihier ? Tu n'as pas choisigewählt / ausgesucht cette vie, nonnein / nicht wahr ?
Henri baissesenkt les yeux.
— Non, madame. Personne ne nous a vraimentwirklich demandé notre avisMeinung. L'armée a besoin de soldats, et moi j'étaiswar (imparfait) là.
Anne comprendversteht. Elle retournekehrt zurück dans sa maison. Elle pense que la guerre est une chose terribleschrecklich, parce qu'elle prendnimmt les jeunes hommes loinweit / fern de leurs familles et les envoieschickt dans des paysLänder étrangersfremde où personne ne les connaîtkennt.
Les jours passentvergehen. La situationSituation / Lage dans le village devientwird plus difficile. Les soldats mangentessen une grande partieTeil de la nourriture que les habitants avaienthatten préparée pour l'hiverWinter. Monsieur Favre essaieversucht de parler avec le capitaine Morel pour expliquererklären le problèmeProblem.
— Capitaine, dit-il, nos gens vont avoir faimHunger cet hiver si vos soldats continuentweiterhin à prendrenehmen autantso viel / so sehr de nourriture. Nous avons des enfants, des personnes âgéesältere / betagte. C'est une questionFrage / Angelegenheit de survieÜberleben.
Le capitaine Morel écoutehört zu. Il regarde Monsieur Favre pendant un long moment. Puis il répondantwortet.
— Je comprendsverstehe votre situation, monsieur le maire. Mais mes soldats ont aussi besoin de mangeressen. Ils ont marchémarschiert / gelaufen pendant des semainesWochen. Ils sont fatiguésmüde et ils ont faim. Je ne peux pas laisserlassen mes hommes sans nourriture.
— Alors peut-êtrevielleicht pouvons-nous trouver un accordEinigung / Abkommen, proposeschlägt vor Monsieur Favre. Nous allons vous donnergeben une certaine quantitéMenge de nourriture chaque jour. En échangeAustausch / Gegenzug, vos soldats ne prennent rien d'autre. Comme ça, tout le monde peut survivreüberleben.
Le capitaine réfléchitdenkt nach. C'est un homme pratiquepraktisch. Il saitweiss que des habitants qui ont faim vont devenirwerden des ennemisFeinde.
— D'accordeinverstanden / okay, dit-il finalementletztendlich / schliesslich. Nous allons essayer cet arrangementVereinbarung / Abmachung pendant trois jours. Si ça marchefunktioniert bien, je vais donnergeben l'ordre à mes hommes de respecterrespektieren / einhalten votre accord.
Une rencontre inattendue
Pendant ces jours difficilesschwierigen, quelque chose d'inattenduUnerwartetes se passe dans la maison d'Anne Berger.
Un matin, le jeune soldat Henri est maladekrank. Il a de la fièvreFieber. Il reste dans la grange, couchéliegend / hingelegt sur la pailleStroh, et il tremblezittert de froid malgré plusieurs couverturesDecken.
Lise, la fille d'Anne, entretritt ein dans la grange pour donnergeben à mangeressen aux animaux. Elle voit Henri et elle reste immobileregungslos / still un moment. Puis elle s'approchenähert sich doucementsanft / leise.
— Tu es maladekrank ? demandefragt-t-elle.
Henri ouvreöffnet les yeux. Il voit une petite fille avec des cheveuxHaare bruns et de grands yeuxAugen verts.
— Oui, dit-il avec une voixStimme faibleschwache. J'ai froid et j'ai très mal à la têteKopf.
Lise réfléchitüberlegt une seconde. Puis elle repartgeht zurück en courant vers la maison. Quelques minutes plus tard, elle revientkommt zurück avec sa mère.
Anne regardeschaut an Henri. Elle toucheberührt son frontStirn avec sa main. Sa températureTemperatur est très haute.
Anne apporte une soupeSuppe chaudeheisse / warme et des herbesKräuter médicinalesmedizinische / Heilkräuter. Elle connaîtkennt bien les plantesPflanzen de la région. Elle prépare une boissonGetränk chaude avec des plantes qui aidenthelfen contre la fièvre.
— Bois ça, dit-elle à Henri.
Henri boittrinkt lentementlangsam. Il regarde Anne avec gratitudeDankbarkeit.
— Pourquoi vous faitestun / machen ça pour moi ? demandefragt-t-il. Je suis un soldat français. Nous sommes dans votre paysLand sans votre permissionErlaubnis.
Anne répondantwortet simplementeinfach / schlicht.
— Tu es malade. Tu es jeune. Tu pourraiskönntest être le fils de quelqu'unjemandem. Ça suffitreicht / genügt comme raisonGrund.
Henri ne dit rien. Mais ses yeux sont humidesfeucht / nass.
Pendant deux jours, Anne s'occupekümmert sich de lui. Lise lui apporte de la soupe le matin et le soir. Paul, le petit garçon, restebleibt à distanceAbstand / Entfernung au débutAnfang, mais petit à petit il s'approchenähert sich aussiauch. Un soir, il demande à Henri :
— Est-ce que tu connaiskennst NapoléonNapoleon ?
Henri souritlächelt pour la première fois depuis plusieurs jours.
— Je l'ai vu une fois, de loin. C'est un homme petitklein, mais quand il parlespricht, tout le monde écoutehört zu.
— Est-ce qu'il est méchantböse / gemein ? continue Paul.
Henri réfléchitüberlegt / denkt nach.
— Je ne saisweiss pas si « méchant » est le bon motWort. Il veutwill beaucoup de choses. Il veut changerverändern le mondeWelt. Et quand on veutwill changer le monde, on faittut / macht souventoft du malSchlechtes / Schaden aux gens qui viventleben dans ce monde.
La résistance tranquille
Pendant que certains habitants comme Anne choisissentwählen / entscheiden sich de s'adapteranpassen à la situation, d'autres choisissentwählen une forme de résistanceWiderstand plus active, mais sans violenceGewalt.
Dans le village, un groupe de jeunes hommes se réunittrifft sich / versammelt sich secrètementheimlich / geheim chaque soir dans la maison de Wilhelm. Ils ne veulent pas se battre contre les soldats français, parce qu'ils saventwissen que ce serait inutilenutzlos et dangereuxgefährlich. Mais ils ont un autre planPlan.
Ils décidententscheiden de cacher une partie de la nourriture du village dans un endroitOrt secretgeheim, dans la forêtWald. Comme ça, même si les soldats prennentnehmen tout ce qu'ils trouvent dans les maisons et les granges, les habitants aurontwerden haben encore quelque chose pour survivreüberleben pendant l'hiver.
C'est un travailArbeit difficile. Ils doiventmüssen transportertransportieren de la nourriture la nuitNacht, quand les soldats dormentschlafen. Ils doiventmüssen faire attention à ne pas faire de bruitLärm / Geräusch. Ils travaillent vite et en silenceStille / Schweigen.
Jakob, le jeune homme qui avait annoncéangekündigt l'arrivéeAnkunft des soldats, participe à ce groupe. C'est lui qui connaîtkennt le mieux la forêt autour du village. C'est lui qui choisitwählt aus l'endroit secret.
Un soir, pendant qu'il transportetransportiert un sacSack / Tasche de farineMehl vers la forêt, il rencontretrifft un soldat français qui ne dortschläft pas. Le soldat le regardeschaut an. Jakob s'arrêtehält an, le cœurHerz battantschlagend très vite.
Le soldat regarde le sac, puis regarde Jakob. Puis il détournewendet ab / dreht weg les yeux et continuemacht weiter à marcher dans l'autre directionRichtung.
Jakob restebleibt immobileregungslos / still pendant une longue minute. Puis il continuemacht weiter son chemin vers la forêt.
Le lendemainam nächsten Tag, il raconteerzählt cette histoire à Wilhelm.
— Ce soldat a vu ce que tu faisaismachtest (imparfait) et il n'a rien dit ? demandefragt Wilhelm, surprisüberrascht.
— Non. Il est partiweggegangen dans l'autre direction.
Wilhelm réfléchit.
— Peut-être que tous les soldats ne sont pas nos ennemisFeinde, dit-il lentementlangsam. Peut-être que certains d'entre eux n'aiment pas cette situation nonauch nicht plus.
Une conversation importante
Le cinquièmefünfte jour de l'occupationBesatzung / Besetzung, le capitaine Morel demandebittet / fragt à parler avec Monsieur Favre en privéprivat / unter vier Augen. Ils s'assoientsetzen sich hin ensemble dans la salleSaal / Zimmer principale de la maison du maire. On apporte du vinWein chaudwarmen / heissen.
— Je veuxmöchte / will vous poserstellen (Frage) une questionFrage directedirekte, commence le capitaine. Et j'espèrehoffe que vous allez me répondreantworten directement aussiauch.
— Je vais essayerversuchen, répondantwortet Monsieur Favre.
— Est-ce que vos habitants cachentverstecken de la nourriture ?
Monsieur Favre regarde le capitaine dans les yeux. Il décideentscheidet de dire la véritéWahrheit.
— Ouija. Certains d'entre eux cachent de la nourriture. Parce qu'ils ont peurAngst de mourirsterben de faim cet hiver si vous preneznehmen tout.
Le capitaine Morel boittrinkt une gorgée de vin chaud. Il ne semblescheint pas en colèreWut / wütend.
— Je comprendsverstehe ça, dit-il finalementschliesslich. Si j'étaiswäre (conditionnel) à votre placeStelle / Platz, je feraistäte / würde machen la même chose. J'ai une famille moi aussiauch. J'ai une femmeFrau / Ehefrau et trois enfants à Bordeaux. Je saisweiss ce que c'est que d'avoir peur pour les gens qu'on aimeliebt.
Monsieur Favre est surprisüberrascht par cette réponseAntwort.
— Alors que faitestun-vous icihier, capitaine ? demandefragt-t-il.
— Je fais mon travailArbeit. Je suis soldat. On m'a donnégegeben des ordresBefehle. Je dois les suivrebefolgen / folgen. Ce n'est pas toujoursimmer simpleeinfach.
Il y a un moment de silenceStille. Les deux hommes boiventtrinken leur vin chaud et regardent le feuFeuer dans la cheminéeKamin.
— Monsieur le maire, reprendnimmt wieder auf le capitaine, je vais vous dire quelque chose que je ne devrais peut-êtrevielleicht pas dire. Nous allons partirabgehen / weggehen dans deux jours. Nous avons reçuerhalten l'ordre de continuerweiterfahren vers l'estOsten.
Monsieur Favre sent quelque chose se détendreentspannen / lockern dans sa poitrineBrust.
— Je suis contentfroh / zufrieden d'entendrehören ça, dit-il simplementeinfach.
— Mais je veux vous donnergeben un conseilRat / Ratschlag avant de partir. La France va resterbleiben longtemps dans ce paysLand. Il va y avoir des changementsVeränderungen. Mais d'autres chosesDinge, vos traditionsTraditionen, votre langueSprache, votre façonArt und Weise de vivreleben, ces choses-là, personne ne peut les prendrenehmen / wegnehmen si vous les gardezbewahren / behalten vivanteslebendig / lebendig dans vos cœursHerzen et dans vos familles.
Monsieur Favre écoute ces motsWorte avec attention. Il ne s'attendaiterwartete pas à entendrehören quelque chose comme ça de la boucheMund d'un officierOffizier français.
— Merci, dit-il simplementeinfach.
Ils finissentbeenden / trinken aus leur vin en silence, deux hommes de deux paysLänder différents, assissitzend ensemble devant un feu, dans un village de montagneBerg / Gebirge, pendant une nuit d'hiver.
Le départ
Le matin du septièmesiebten jour, les soldats se préparentbereiten sich vor à partir. Ils rassemblentsammeln / versammeln leurs affairesSachen, leurs armesWaffen, leurs chevauxPferde. Ils se mettentstellen sich en ordreOrdnung / Reihe dans la rue principale du village.
Les habitants regardent de leurs fenêtresFenstern ou se tiennenthalten sich / stehen à distance dans la rue. Les sentimentsGefühle sont mélangésgemischt. Il y a du soulagementErleichterung, parce que les soldats partentgehen weg / reisen ab. Mais il y a aussi quelque chose d'autre, une sorte de tristesseTraurigkeit étrangeseltsame / merkwürdige, difficile à expliquererklären.
Anne Berger sort de sa maison avec Lise et Paul. Henri la voit. Il s'approchenähert sich d'elle.
— Madame Berger, dit-il. Je veux vous remercierdanken. Vous m'avez soignégepflegt / behandelt quand j'étaiswar malade. Vous n'étiezwaren pas obligéeverpflichtet / gezwungen de faire ça.
— Non, dit Anne. Mais je l'ai fait quand mêmetrotzdem / dennoch.
Henri sort quelque chose de sa pocheTasche. C'est un petit objetObjekt / Gegenstand en boisHolz, sculptégeschnitzt à la main. C'est une petite maison, très simple, avec un toitDach et des petites fenêtresFenster.
— Je l'ai faitegemacht / hergestellt moi-même pendant les nuits où je ne pouvaiskonnte pas dormir, dit-il. Je voudraismöchte vous la donnergeben / schenken, comme souvenirErinnerung / Andenken.
Il se tourne vers Paul et lui donne la petite maison en bois.
— Pour toi, dit-il.
Paul prendnimmt l'objet avec ses deux mains et le regarde avec de grands yeux.
— Merci, dit-il doucementleise / sanft.
Henri fait un signeZeichen / Nicken de tête à Anne, puis il retournekehrt zurück vers ses camaradesKameraden.
Lise tire la main de sa mère.
— Maman, est-ce qu'Henri est un méchantBöser / böser Mensch ?
Anne regarde sa fille.
— Non, ma chérieLiebling / Schatz (f.). Henri n'est pas un méchant. C'est juste un jeune homme qui se trouvebefindet sich au mauvaisfalschen / schlechten endroitOrt au mauvais momentMoment / Zeitpunkt.
Un peu plus loin dans la rue, Jakob regarde aussi les soldats partir. Il cherchesucht des yeux le soldat qui l'avait vu dans la nuit avec son sac de farine. Il le trouvefindet dans la colonneKolonne / Reihe. Le soldat marchemarschiert / geht en regardant devant lui. Mais juste au moment où il passe devant Jakob, il tournedreht la tête une seconde et regarde Jakob dans les yeux.
Il ne souritlächelt pas. Il ne dit rien. Mais son regardBlick dit quelque chose que Jakob comprendversteht.
Jakob lèvehebt la main droiterechte, très légèrement, comme un petit signe. Le soldat détournewendet ab les yeux et continue à marcher.
Wilhelm, qui est deboutstehend / aufrecht à côté de Jakob, a vu ce petit échangeAustausch.
— Tu le connaiskennst ? demandefragt-t-il.
— Non, répondantwortet Jakob. Mais je pense qu'il est comme nous. Il faitmacht / tut ce qu'il doitmuss / soll faire, même si ce n'est pas ce qu'il voudraitmöchte / wollen würde faire.
Wilhelm ne répondantwortet pas. Il regarde la colonneKolonne de soldats qui quitteverlässt lentement le village. Le bruit de leurs pasSchritte sur la routeStrasse / Weg de terre diminuenimmt ab / wird leiser peu à peu. Puis ils disparaissentverschwinden au bout du chemin, dans la direction de l'est.
Après
La vie reprendnimmt wieder auf / kehrt zurück dans le village de Môtiers. Les habitants sortentbringen heraus la nourriture cachéeversteckte dans la forêt. Il y en a assezgenug pour passerverbringen / bestehen l'hiver, mais tout juste. Il va falloirnötig sein / müssen être prudentsvorsichtig.
Monsieur Favre organiseorganisiert une réunionVersammlung / Treffen dans la salleSaal communegemeinsame / Gemeindesaal du village. Tous les habitants sont présentsanwesend.
— Nous avons traversédurchgemacht / überquert quelque chose de difficileSchwieriges, dit-il. Mais nous sommes toujoursnoch immer / immer ensemble. Notre village est encorenoch deboutstehend / aufrecht. Nos familles sont intactesunversehrt / intakt. C'est ce qui comptezählt / wichtig ist le plus.
— Jusqu'à la prochainenächste fois, dit quelqu'unjemand dans la salle.
— Oui, répondantwortet le maire avec honnêtetéEhrlichkeit. Il y aura peut-être une prochaine fois. Mais nous avons apprisgelernt quelque chose cette semaineWoche. Nous avons appris que nous pouvons resterbleiben nous-mêmes, même quand des forcesKräfte extérieuresäussere / von aussen essaient de nous changerverändern. Nous avons appris que la résistanceWiderstand ne doit pas toujoursimmer passer par la violenceGewalt. Elle peut passer par la patienceGeduld, par la solidaritéSolidarität, par la sagesseWeisheit.
Anne Berger retournekehrt zurück chez elle avec ses enfants. Le soir, elle préparebereitet vor un repasMahlzeit simpleeinfaches : de la soupe, du pain, un peu de fromage. Ils mangentessen ensemble à la tableTisch de cuisineKüche.
Paul poselegt / stellt la petite maison en bois au centreMitte / Zentrum de la table.
— Je veuxwill / möchte la garderbehalten là, dit-il. Comme ça je peux la voirsehen pendant qu'on mangeessen.
Anne souritlächelt.
— D'accordeinverstanden / okay.
Lise regarde la petite maison.
— Tu crois qu'Henri est arrivéangekommen ist loin aujourd'huiheute ? demandefragt-t-elle.
— Oui, probablementwahrscheinlich, dit Anne.
— Et tu croisglaubst / meinst qu'il va biengut ?
Anne réfléchit avant de répondreantworten.
— Je l'espèrehoffe.
Il y a un silenceStille. Dehorsdraussen, le ventWind souffleweht / bläst dans les arbresBäumen. La nuit est froidekalt et claireklar.
— Maman ? dit Paul.
— Oui ?
— Pourquoi les gens fontmachen / führen la guerreKrieg ?
Anne regarde son fils. C'est une questionFrage très difficile. Elle cherchesucht une réponse simpleeinfache et honnêteehrliche.
— Parce que les gens qui ont le pouvoirMacht veulentwollen souventoft plus de pouvoir. Et les gens qui n'ont pas le pouvoir doiventmüssen vivreleben avec les conséquencesKonsequenzen de ces décisionsEntscheidungen.
— C'est injusteungerecht, dit Paul.
— Oui, dit Anne. C'est souventoft injusteungerecht.
Paul prendnimmt la petite maison en bois dans ses mains et la regarde longtemps.
— Mais des fois, dit-il doucementleise / sanft, il y a aussi des gens biengut / gute. Même dans la guerre.
Anne poselegt sa main sur l'épauleSchulter de son fils.
— Oui, dit-elle. Des fois, il y a aussi des gens bien.
Épilogue
Les annéesJahre passentvergehen. La Suisse changeverändert sich. En 1798, la RépubliqueRepublik helvétiquehelvetische est proclaméeausgerufen / proklamiert sous l'influenceEinfluss de la France. De nouvelles loisGesetze arriventkommen. L'organisationOrganisation / Aufbau du pays se transformeverändert / wandelt sich. C'est une périodePeriode / Zeit difficile et instableinstabil / unruhig pour beaucoup de gens.
Mais les villages continuentsetzen fort / machen weiter à existerexistieren. Les familles continuent à vivreleben, à travaillerarbeiten, à éleveraufziehen / grossziehen leurs enfants. Les traditionsTraditionen se maintiennentbleiben erhalten. La langueSprache, les habitudesGewohnheiten, le sensSinn / Gefühl de la communautéGemeinschaft, tout cela restebleibt vivantlebendig.
Thomas Berger revientkommt zurück chez lui au printempsFrühling suivantfolgenden / nächsten. Anne lui raconteerzählt tout ce qui s'est passé pendant l'hiver. Il écoutehört zu en silenceStille / Schweigen, il prendnimmt la main de sa femme.
— Tu as bien faitgetan / gemacht, dit-il simplementeinfach.
Paul gardebewahrt / behält la petite maison en bois pendant toute sa vieLeben. Quand il est vieuxalt et que ses petits-enfantsEnkelkinder lui demandentfragen d'où vientkommt cet objetGegenstand / Objekt, il leur raconteerzählt l'histoire du jeune soldat français Henri, qui était malade dans leur grange un hiver, et que sa mère avait soignégepflegt / behandelt avec de la soupe chaude et des plantes médicinalesmedizinische / Heilkräuter.
Les enfants écoutenthören zu avec de grands yeux.
— Et aprèsdanach / dann ? demandentfragen-ils toujoursimmer. Qu'est-ce qui lui est arrivépassiert ist, à Henri ?
Paul répondantwortet toujours la même chose.
— Je ne saisweiss pas. Mais j'espèrehoffe qu'il est rentréheimgekehrt chez lui, à Lyon, et qu'il a revuwiedergesehen sa mère et ses sœurs.
C'est une histoire simpleeinfache. Mais c'est une histoire vraiewahre / echte, dans le sensSinn le plus importantwichtig du mot : elle parle de gens réelsechte / wirkliche, avec des peursÄngste réellesechte / wirkliche et des espoirsHoffnungen réelsechte / wirkliche, dans un moment difficile de l'histoireGeschichte.
Et c'est exactement pour ça qu'elle mériteverdient d'être racontéeerzählt.